La plénitude

Publié le par CaroB

La plénitude

Lundi 13 février. 

Cette journée a été si intense qu'il me faudra plusieurs billets pour en parler (vous voilà prévenus). 

Nous avons été réveillées un peu avant 6h par le doux chant du muezzin. Avant même d'ouvrir les yeux, l'exotisme du lieu se rappelait à nous. La sonnerie du téléphone deviendra futile les jours suivants. cet homme invisible dont nous connaîtrons la voix sera notre réveil. Certaines railleront gentiment sa précocité matinale et la longueur de ses litanies. moi j'ai adoré être réveillée ainsi. Sous ma moustiquaire voilée, j'avais la fugace sensation d'être une sorte de shéhérazade 

On va donc prendre notre petit déjeune à 6h30, dans l'obscurité. Chacune chuchote. L'ambiance est à la fois feutrée et déjà électrique. Nous allons courir. nous savons bien que rien ne se joue dans cette course, que l'objectif est simplement d'arriver, de rejoindre les enfants. Nous devinons que l'entraide, l'encouragement et le soutien seront les mots d'ordre de ce troupeau de 78 filles arnachées de baskets et de tee-shirt rose. Néanmoins, le stress est présent.J'essaie de me remémorer la dernière fois où j'ai ressenti cette étrange association d'angoisse et d'impatience, d'appréhension et d'excitation. Ca doit remonter à mes divers concours, à ma première rentrée des classes aussi.

Notre course démarre à 8h30, 30 minutes après le départ des randonneuses. Jules, notre professeur de sport préféré nous concocte un petit échauffement sénégalais. D'abord des mouvements basiques et quelques autres inspirés de la faune environnante. On a l'impression de mimer d'étranges animaux.  

je m'étais dit que nous courrions ensemble avec mes 6 gazelles à moi. Une fois le départ donné par Jean-Michel ( qui nous conseille , tel un grand sage, de savourer et de profiter), il ne nous faudra que quelques centaines de mètres pour réaliser que ce ne sera pas faisable. Le terrain est bien différent de celui auquel nous sommes habituées et se forcer à suivre un rythme qui n'est pas le nôtre nous gâcherait notre plaisir. Et puis, on a mis une telle pression à notre championne qu'li était inenvisageable pour elle d'attendre le reste de la troupe. On a exigé un podium de sa part et elle ne va pas nous décevoir. Elle me demande de l'accompagner...j'observe sa foulée sur quelques mètres et comprends qu'il me sera impossible de suivre notre gazelle bretonne. Je lui souhaite une belle course et la voit s'éloigner loin devant. 

Aurélie, Julie et Angélique feront la totalité de la course ensemble. Raphaëlle et Charlotte se talonneront un peu plus loin. Peu importe, on finra toutes avec un sentiment de fierté, d'accomplissement et de gratitude incommensurables. 

Je cours donc seule. Loin derrière Sandrine, un peu devant les autres. Les jours suivants, on repèrera les filles ayant une allure assez proche de la nôte. Personnellement je garderai en mémoire le visage d'Adeline, jeune adolescente de 16 ans, championne d'aviron et la foulée volontaire de Florence qui deviendra mon lièvre.

Les premiers kilomètres sont difficiles car je ne m'étais pas préparée à courir ainsi dans le sable. Parfois celui-ci est tassé car nous longeons des pistes mais, le plus souvent, on s'y enfonce et l'effort est titanesque . J'ai la douloureuse sensation qu'il me sera impossible d'aller au bout. La chaleur n'est pas encore trop oppressante mais mes jambes sont lourdes, Chaque foulée est une épreuve.

Mais je suis portée. D'abord par ce paysage qui m'entoure, ces immenses étendues à perte de vue. Cet horizon au loin. J'ai l'impression d'être à la fois au centre du monde et nulle part. Au sein d'un vaste désert aride et cette étendue infinie me donne le vertige.

Elle me conduit aussi à une sorte de méditation non volontaire. Personne ne court près de moi et, hormis quelques zébus, quelques maigres poules et deux ou trois cochons qui semblent perdus, je ne croise aucun visage. Alors, dans cet effort physique qui pourrait me faire défaillir, je convoque les miens. Je pense à mes enfants qui sont si loin, en haut de leurs pistes enneigées. j'imagine leurs rires. J'entends leurs chamailleries.

J'observe encore et encore ce paysage époustouflant et mes pensées se tournent évidemment vers mon père. C'est absurde et insensé mais je le sens à mes côtés, Il me pousse, me porte, m'encourage. Si je me laissais vraiment aller, je lui parlerais. Je ne sais d'où cela vient, d'un là-haut auquel je ne crois pas, ou de moi même , il est en moi et son regard bienveillant et fier me donne des ailes.  Je ne sens plus aucune douleur. J'approche de ce village de Yayeme. 11kilomètres sont derrière moi, il n'en reste plus beaucoup. Les vastes étendues vides se sont peuplées de quelques cases . les animaux sont plus nombreux et, surtout, les chants, les rires et les "baravo" des enfants se font entendre. Je sais qu'li me faut encore parcourir un ou deux virages sablés au sein de ce village qui m'accueille et, enfin je les verrai. ces enfants qui sont en train d'acclamer les premières. Mes larmes coulent déjà. Les premières d'une longue, longue série.  

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Angelilie 16/03/2017 18:40

Bonjour, j'apprécie beaucoup votre blog. n'hésitez pas à venir visiter le mien. au plaisir

Marielle 13/03/2017 22:29

Ce ne sont pas mes mots... mas ce que j'ai vécu! merci d'avoir pris la plume pour le dire aussi bien! Marielle de Vamagazelle (Sénégazelle semaine B 2017)