Survoltées

Publié le par CaroB

On ne les choisit pas vraiment ces gens qui, sans qu'on sache bien pourquoi, deviennent au fil du temps nos amis.  Ceux que l'on comprend, ceux qui nous sentent. Ceux que l'on a envie de retrouver souvent sans que jamais la lassitude ou l'ennui ne prennent le dessus. Ceux vers qui l'on court quand on se sent un peu chavirer: on sait que  les quelques heures passées ensemble permettront d'adoucir et d'alléger la chappe de plomb qui nous tombe dessus.

Je réalise qu'il y a tout de même une constante chez moi. Ces personnes qui s'installent dans ma vie ont à peu près toutes une composante commune qui est l'essence de ce que je suis. Elles sont toutes avides de vivre.  Elles ont toutes cette conscience à vif que cela va s'arrêter et qu'il est donc nécessaire de se remplir jusqu'à en vomir.

Celles qui sont mes paires ne se limitent pas à un verre de vin parce qu'il faut être raisonnable, ne rentrent pas se coucher à minuit parce que quand même demain on bosse, ne se contentent pas de fredonner tout bas d'une voix timide, ne se cachent pas dans des vêtements amples et tristes. 

On a ça de commun de parler fort, de rire à gorge déployée, de crier de façon hystérique, de danser de façon exubérante en exhibant nos jambes ou nos seins. On est souvent fatigué parce qu'on dort trop peu. On a le ventre en vrac et la migraine persistante parce qu'on mange trop, on boit trop. On vit trop. Pleinement. C'est ainsi. Celles en qui je me reconnais sont dans cet excès qui me rassure et me montre que je ne suis sans doute pas la seule à avoir inconsciemment cette angoisse lancinante toujours présente: On avance vers la fin. 

Alors évidemment, on risque de précipiter ce moment tant redouté.  Et, surtout, notre fulgurance conduit à des erreurs, des faux pas. On tombe, on s'écorche, on se bousille un peu. Parce qu'on ne peut pas être en permanence dans ce besoin d'émotions et de sensations fortes sans se mouiller .  Le corps en garde quelques cicatrices. Et puis il nous arrive même d'abîmer ceux qu'on aime. Ce besoin assez égoïste nous conduit parfois à délaisser, à blesser . C'est finalement d'une banalité terrible: à force d'aspirer à vivre intensément, à rejeter le raisonnable et le tiédasse, on en devient glaçante et on brûle ce qui nous entoure. 

Certaines periodes cristallise tout cela. Je suis passée par une pérode où la raison m'avait totalement désertée. Et je vois aujourd'hui C. se jeter  dans cette phase folle, à peu près au même âge que moi d'ailleurs. Je me reconnais tant en elle. Cette tornade de vie qui l'habite en ce moment. On appelle ça "pêter les plombs". Soit. Moi je sais au contraire qu'il s'agit plutôt de réactiver le voltage, de faire se déchaîner les Watts qu'on avait laissé s'éteindre peu à peu . Quand tout à coup, le corps nous rappelle qu'on avait tout disjoncté et qu'on n'était plus vraiment nous. Qu'on avait preque oublié cette urgence de vivre. Les dommages collatéraux sont un peu inévitables mais le besoin d'être électrisé prend toujours le dessus. 

 

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